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Origines de quelques symboles d’élément chimiques non-intuitifs

Vendredi 25 avril 2014

lingots d’or sur un drap bleu Si vous regardez le tableau périodique des éléments, vous trouverez les symboles habituelles des éléments. Si pour la grande majorité ces symboles sont logiquement déductibles à partir du nom de l’élément (H pour hydrogène, S pour soufre, He pour hélium, Fe pour fer…) d’autres éléments sont bien moins intuitifs.

  • N (azote) : le N vient du latin « nitrogenium », lui même d’un mot grec signifiant « qui génère du salpêtre ». Notez que nitrogen est encore le nom anglais de l’azote (et que « nitrogène » à la place de « azote liquide » est un anglicisme à bannir).
  • K (potassium) : le K vient lui aussi du latin « kalium », lui même venant de l’arabe désignant « cendres de plantes ». Le nom kalium est toujours le nom néerlandais pour le potassium.
  • Na (sodium) : le Na vient du latin « natrium » lui même venant d’un mot grec désignant une roche salée. Natrium est encore le mot employé pour désigner le sodium en néerlandais ou en allemand.
  • Ag (argent) : on a pris Ag et non Ar car ce dernier était déjà pris pour l’argon (même chose pour As, At, respectivement arsenic et astate)
  • W (tungstène) : le W est ce qu’il reste de son nom allemand « Wolfram ». Le nom ne provient en revanche pas du nom de son découvreur (P. Woulfe), mais fait allusion à « Wolf », qui signifie « loup », en référence à l’aspect de la couleur d’un loup du minéral contenant le tungstène. Tungstène vient lui de l’expression suédoise signifiant « pierre dure ».
  • Au (or) : le Au vient encore une fois du latin : « aurum » pour l’or et signifiant « briller ». Certains mots comme « aurifère », « aurore » ou « austral » portent encore cette racine.
  • Sn (étain) : encore une origine latine. Il vient de « stannum »… Mais on ne sait pas trop d’où stannum vient…
  • Sb (antimoine) : du latin « stibium ». Il y a pas de sources sur sa signification… En revanche, « antimoine » a plusieurs étymologies contradictoires. L’une, populaire et probablement fausse, serait qu’il s’était retrouvé dans la nourriture d’un monastère, tuant les moines, d’autres parlent d’une racine grecque « anti-monos » signifiant « jamais seul », en référence au fait que l’antimoine n’existe pas pur dans la nature, mais est toujours lié à un autre élément : il n’est donc « jamais seul ».
  • Hg (mercure) : vient là aussi du latin « hydr-argyrum » provenant d’une racine grecque signifiant « argent liquide » : le mercure est en effet l’un des deux seuls éléments purs qui sont liquide à température ambiante (l’autre étant le brome, et tous les autres éléments sont soit gazeux, soit solides).

Notez que ceci vaut pour le français. Ainsi, si le symbole Fe du fer est intuitif en français, il l’est bien moins en anglais où il se dit iron ou en allemand où ça se dit eisen. Si le nom français a été retenu ici, c’est parce que ce métal est connu depuis très longtemps et que c’est son nom dans les langues anciennes qui a été retenu (le latin en l’occurrence pour le fer, et pour très beaucoup d’éléments). Il en va pour pas mal d’éléments du haut de la table périodique.

Remarquez également les éléments découverts depuis peu (éléments artificiels, au delà de l’uranium), ont le nom qui fait référence à des scientifiques importants (mendélévium, einsteinium, copernicium, nobélium, lawrencium…), à des lieux remarquables (europium, américium, californium…) ou des instituts de physique ou de chimie qui ont contribué à sa découverte (berkélium, darmstadtium, livermorium, flérovium…).
Les noms parfois rencontrés qui ont trois lettres telles que Uuo (ununoctium (pour 1, 1, 8 ; élément 118) sont juste des noms génériques d’éléments dont la conception n’a pas encore été confirmée et les éléments pas encore nommées par le comité international de chimie.

image de hto2008

qwerty : #

On retrouve le N pour les composées azotés tel nitrates, nitrites...

Philouface : #

Merci pour cet article très intéressant

Guenhwyvar : #

Nitrogène, c'est surtout l'ancien nom de l'azote. C'est peut-être banni du jargon officiel des chimistes (à juste titre ou non, c'est pas la question), mais c'est tout à fait correct en français courant (comme parler de « gaz carbonique » au lieu de dioxyde de carbone).

Chaopale Lamecarlate : #

Si je puis me permettre, "austral" vient de "autralis" en latin (dérivé de "auster", "vent du Sud", me dit le dictionnaire historique de la langue française), qui n'a rien à voir avec "aurum".

Le Hollandais Volant : #

@Chaopale Lamecarlate : ça n’empêche pas à son tour « australis » et « auster » d’avoir une racine commune avec « aurum » : le « r » latin ici provient d’un encore plus ancien « s ».

Wiktionary me dit :
« Notons enfin que le radical de *aus donne aussi aurum (“or”) »
(les sources du Wiktionnaire sont sur le lien)

@Guenhwyvar : Larousse me dit que c’est un synonyme ancien de azote.
C’est probablement employable et tu seras compris, mais le terme contemporain est bel est bien azote.

Et quoi qu’il en soit, si c’est un synonyme ancien de azote, il n’est alors jamais correcte de dire « nitrogène » pour désigner l’azote liquide (à la limite on dirait « nitrogène liquide » alors).

Chaopale Lamecarlate : #

Ah oui, ça va loin. austerus = sec -> auster = vent du midi, tous deux de la même racine au̯es "brûler, briller" que aurora. Je trouve ça un peu tiré par les cheveux, un peu trop... lointain comme étymologie. Parce que cela rapproche des mots qui n'ont plus aucun sens commun : astringent et or n'ont rien à voir, sinon deux lointains ancêtres cousins, non ?

Le Hollandais Volant : #

Les joies de l’évolution de la langue :)

C’est loin d’être le seul exemple : les mots bouffon, éléphants et fougère ont aussi la même racine.

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