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Quelque soit la discipline, science ou art, le noir et le blanc ont des positions un peu particulières dans la palette des couleurs.

Selon les scientifiques


Les scientifiques diront ainsi que le blanc représente la somme de toutes les longueurs d’onde de la lumière :

light and prism
Décompostion de la lumière blanche par un prisme (source)

La lumière blanche peut donc être décomposée en lumière colorée, mais également reconstituée : en plaçant deux prismes à la suite, la couleur blanche peut être reconstituée à partir de tous les rayons colorés. C’est Newton qui le premier effectua cette expérience.

Le blanc n’est donc pas vraiment une couleur si on considère qu’une couleur correspond à une longueur d’onde unique, puisqu’il est la somme de plusieurs longueurs d’ondes différentes.

Sauf que… parmi les « couleurs » qui sont une somme de longueurs d’ondes, le blanc n’est pas seul : le magenta, par exemple : il est le résultat du mélange des deux longueurs d’ondes à l’extrémité du spectre : le rouge et le bleu. Il n’y a pas de longueur d’onde « magenta ». Le magenta n’est donc pas une couleur ?


Le noir, quant à lui, ne serait pas non plus une couleur : il représente en fait l’absence de lumière reçue par l’œil. Dans un espace totalement sombre (pas de lumière), notre œil ne capte rien et le cerveau interprète cela comme du noir. De même, un objet est vu noir lorsqu’il ne réfléchit ou n’émet pas de lumière.

Mais de même que pour le blanc, un objet noir n’est pas le seul à présenter ses particularités : l’air par exemple : il ne reflète ni absorbe de lumière. Est-il blanc ? Non, il est transparent.

Scientifiquement, le statut du blanc ou du noir n’est donc pas réellement expliqué avec les arguments habituels.


Selon les artistes


Artistiquement parlant, le blanc et le noir sont utilisés au même titre que toutes les autres couleurs : on les retrouve dans toutes les toiles, photos ou dessins.

Mais là aussi on a à faire à un paradoxe : n’oppose-t-on pas le « noir & blanc » aux autres couleurs ? Ces deux là sont donc souvent mis à part également…


En colorimétrie


En fait, dans la lumière, il n’y a pas que la longueur d’onde (scientifiquement parlant) ou la teinte (artistiquement parlant). Il y a aussi l’intensité : une lumière verte peut ainsi être très diffuse ou au contraire éblouissante.
Si on isole la source de lumière verte, alors le fond de référence serait le noir.

On dit que le noir et le blanc sont des aspects de la luminosité : de la quantité de lumière reçu, indépendamment de la couleur.
En effet, si on peut avoir un objet de couleur magenta (donc à la fois rouge et bleu), il n’est pas possible d’avoir un objet à la fois lumineux (blanc) et non lumineux (noir).

Le noir et le blanc sont en réalité les extrémités de l’échelle de la luminosité, composée de toute une échelle de gris :

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En colorimétrie, le blanc et le noir sont indépendants de la couleur, qui sont alors des teintes : rouge, vert, jaune…

Pour faire un effet désiré sur un pixel (et donc sur une image), il faut alors prendre une teinte et la superposer à une luminosité.
C’est ainsi que l’on peut créer des couleurs plus ou moins sombres ou claires à partir d’une même teinte. Pour un objet de couleur rouge, si la luminosité est choisie au maximum, alors on obtient du rouge, si elle est mise au minimum, on obtient du noir (équivalent à aucun éclairage).

N’importe quel objet possède une teinte — à cause de ses pigments — et une luminosité — au cause de la quantité de lumière sous laquelle on l’éclaire.

L’effet observé par le cerveau est donc différent, même si dans l’absolu la couleur des pigments dans le trait de varie en rien.


Conclusion


Le blanc et le noir ne sont des couleurs que selon la définition de la couleur que l’on considère.

En terme de longueur d’onde donc, le blanc et le noir ne sont pas des couleurs (mais alors le magenta, le marron, le rose, le gris… non plus).

Mais en terme de ressenti et de perception, ils le sont : un objet blanc est différent d’un objet rouge par exemple. Dans ce cas, il est préférable d’employer le terme de coloris, qui définit l’effet visuel obtenu, réservant alors le terme de « couleur » à la teinte d’un objet et plaçant le blanc et le noir sur l’échelle à part des luminosités.

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greg a dit :

En colorimétrie, le terme « luminosité » peut être ambigu. Il y a plusieurs systèmes de gestion des couleurs comme TSV (Teinte/Saturation/Valeur) et TSL (Teinte/Saturation/Lumière) qui sont en anglais Hue Saturation Brightness et Hue, Saturation, Lightness. Comme « Brightness » et « Lightness » peuvent les deux se traduire en français par « Luminosité », on voit que ce terme n’a pas forcement la même signification selon le système dans lequel on l’emploie. (Illustration sur wikipedia )

Dans le paragraphe sur la colorimétrie, il me semble qu’il y a une petite confusion entre ces deux systèmes. La phrase « Si la luminosité est choisie au maximum, alors on obtient du blanc » correspond au système TSL. Dans ce contexte, la luminosité ne correspond pas seulement à une quantité de lumière : pour obtenir du blanc, il faut que la lumière soit composée de toutes les longueurs d’onde, donc la luminosité varie en fonction de la gamme de longueurs d'onde renvoyés par les pigments.

Par contre, la phrase « N’importe quel objet possède une teinte — à cause de ses pigments — et une luminosité — au cause de la quantité de lumière émise (par réflexion ou ré-émission) » fait plutôt référence au système TSV. Dans ce système, les pigments d’un objet définissent sa teinte et sa saturation, et la quantité de lumière émise définit la valeur (Brightness). Un objet rouge saturé à 100% variera donc du noir au rouge vif en fonction de la quantité de lumière. A l’autre extrémité de l’échelle de la saturation, la couleur d’un objet variera du noir au blanc en fonction de la quantité de lumière.

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Le Hollandais Volant a dit :

@greg : en effet, j’ai édité.

Si je comprends bien :
– le TSV (ou HSV en anglais) correspond à un objet de couleur X que l’on éclaire sous une lumière blanche. Si la lumière est forte, on voit pleinement la couleur X et si elle est faible, on ne voit presque rien, donc quasiment du noir.
– le TSL (ou HSL en anglais) correspond à une source de lumière blanche sur laquelle on place un filtre teinté. Si le filtre est fin, on verra une couleur X très claire (lumière presque blanche), mais si le filtre est épais (très coloré), on aura une couleur X très vive.


Partant de ça, je m’imagine le TSV et le TSL comme deux façon de représenter la couleur similairement aux couleurs d’absorption (somme = noir) et d’émission (somme = blanc), mais selon l’éclairage choisit (respectivement blanc sur un objet de couleur et coloré sur un objet blanc).

(je me comprends sur cette dernière phrase)

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BigDuke a dit :

Salut, merci pour l'article. En effet les codes couleurs c'est le bordel :]

Je crois qu'il y a une distinction à faire entre un "rayonnement" d'une certaine fréquence et une "couleur" avec ces propriétés (teinte, saturation,etc...). Dans le sens ou les couleurs sont perçues et les rayonnements sont mesurés.

Du coup je me demandais, bien que le magenta ne soit pas un "rayonnement" pur, on doit pouvoir observer la somme de plusieurs rayonnements donnant l'impression de magenta ?

Est-ce que la distinction tient la route ?

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Le Hollandais Volant a dit :

@BigDuke : parfaitement !

Le magenta est le résultat du mélange du rouge et du bleu-violet. Ces deux couleurs ont chacune une longueur d’onde qui se situe à une extrémité du spectre du visible. C’est comme si le cerveau recourbait le spectre sur lui-même.

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WOB a dit :

Et quand est il des objets de couleurs noir?

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Le Hollandais Volant a dit :

@WOB : un objet noir absorbe toutes les longueurs d’ondes et ne renvoie aucune lumière. Avec cette définition, ces objets n’ont pas de couleur.

Mais comme j’ai écris, dans ce cas, il vaut mieux employer le terme de coloris, qui traduit la perception visuelle.


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