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On voit de plus en plus apparaître des ventilateurs sans pale. Ils sont affichés comme plus confortables, plus silencieux et plus sûrs. Une chose est certaine, c’est qu’ils se présentent comme un ventilateur normal mais sans l’hélice, et qui pourtant fonctionne parfaitement. Voilà qui est… intrigant !

Leur allure « extra-terrestre » m’a laissé songeur la première fois que j’en vu un, c’est pourquoi j’ai décidé de chercher comment ça marchait. Pour tout dire, j’ai été un peu déçu, mais en cherchant mieux il y a tout de même des choses intéressantes à dire dessus… mais pas là où l’on croit.

Un ventilateur réellement sans pale ?

Premièrement, un ventilateur sans pale ne s’appelle comme ça que par l’absence de l’hélice principale. Si on le démonte, on s’aperçoit qu’il contient bien une toute petite hélice à pales dans le socle qui brasse de l’air. Cet air est ensuite envoyé vers le haut, dans l’espèce de cerceau, d’où il sort par une fine ouverture sur tout le contour :

schéma de fonctionnement d’un ventilateur sans pale
Schéma de fonctionnement d’un ventilateur sans pale Dyson® (source : Éduscol)

Voilà, c’est tout pour la partie mécanique et le fonctionnement de base. Décevant non ?

Heureusement il reste la partie aérodynamique et acoustique !

L’amplification du flux d’air par effet Coandă

Le principe de base est relativement ennuyeux : il existe bien une hélice à pales dans l’appareil, c’est juste qu’on ne la voit pas. Mais ça ne s’arrête pas ici : cette hélice est minuscule et n’explique pas du tout le flux d’air que l’on reçoit quand on se met devant un ventilateur sans pale. Il y a une astuce !

En fait, une fois que l’air sort du cerceau par la fente sur tout le contour, il entraîne l’air alentour. La première raison à ça est simplement l’entraînement par friction de l’air : l’air ventilé est déjà multiplié par ça.

Une seconde raison vient du profil du « cerceau » : ce dernier est évasé.

L’air sortant de l’ouverture a tendance, par effet Coandă, a rester collé aux bords du cerceau, et donc d’aller en s’évasant lui aussi. Quand tout l’air part en s’évasant, les molécules d’air s’écartent les unes des autres, autrement dit, la pression diminue et forme une dépression à l’avant du ventilateur, et cela aspire encore plus d’air !

On assiste à un effet multiplicateur : il suffit d’un petit ventilateur dans le socle, brassant un petit peu d’air pour obtenir un très gros flux d’air en sortie !

Ce phénomène est puissant, et certains envisagent de créer des avions ou des drônes utilisant cet effet.

De plus, si un ventilateur classique hache de l’air et vous envoie des poches d’air, les ventilateurs sans pales produisent un flux beaucoup plus régulier. L’air parcourt suffisamment de distance à l’intérieur du socle et du cerceau pour que les turbulences créées par le petit ventilateur soient lissés et le flux d’air pratiquement laminaire.

Une astuce pour la réduction du bruit !

Enfin, une question : comment ces appareils arrivent à être si silencieux ?
C’est ce mystère qui m’a fait écrire cet article, en fait, car il m’a fait découvrir un truc qui je ne connaissais pas. La réponse : un ocarina. Vous allez comprendre.

Si vous avez déjà soufflé sur le dessus d’une bouteille, vous savez que cela produit un son. On peut faire varier ce son en faisant varier le niveau d’eau dans la bouteille.
Ce qui se passe est qu’un petit peu d’air entre dans la bouteille. Une légère surpression se produit, et l’air est repoussé vers la sortie. Par inertie, un peu trop d’air sort, et la pression dans la bouteille baisse, ce qui va attirer une nouvelle quantité d’air dans la bouteille et ainsi de suite. Ceci se produit des centaines de fois chaque seconde et l’alternance de surpressions-dépressions produit le son. Ce principe fait fonctionner une flûte ou… un ocarina !

L’ocarina constituent ce que l’on appelle un résonateur de Helmholtz : c’est le volume et la géométrie de la cavité résonante qui détermine la fréquence du son émis.

Inversement, si une vibration d’air — un son — est émise près d’un résonateur de Helmholtz et si cette vibration a une fréquence identique à celle du résonateur, alors le son émis par le résonateur et le son initial s’annulent !

Ce principe est bien connu et très utilisé dans les domaines de l’acoustique et de la réduction du bruit : pots d’échappements de voitures, revêtement des salles de concert, intérieur des réacteurs d’avion… Dans les moteurs à explosion, le principe du résonateur de Helmholtz est également utilisé pour contrôler les flux d’admission du mélange air-essence : ici on cherche à maîtriser et à optimiser l’arrivé du mélange air-essence dans la chambre de combustion et gagner en performances.

Le même système ici permet à ces ventilateur d’être si silencieux : la forme étudiée de la cavité dans le socle permet d’annuler les sons du moteur électrique.

Un ventilateur réellement sans pales serait-il possible ?

À titre de conclusion, vu que le ventilateur sans pâles n’est pas exactement sans pâles, est-ce qu’un véritable ventilateur sans pâles pourrait exister ?
Réponse : en théorie, oui. En pratique… je ne pense pas.

Un ventilateur n’est qu’un appareil pour produire un courant d’air. Généralement c’est fait avec une hélice. Mais on peut faire des courants d’airs sans moteur. Le vent (celui de dehors) en est un exemple. Comme je l’explique dans mon article [d’où vient le vent ?, le vent existe grâce à des mouvements convectifs dans l’atmosphère. Ces mouvements naissent des différences localisées de température et de densité d’air.

Une flamme de bougie, par exemple, est debout grâce au vent que sa température produit. La flamme est chaude : l’air qui l’entour chauffe, perd en densité et monte. Il est alors remplacé par de l’air plus frais. Globalement le courant d’air est ascendant. Il est possible d’utiliser ce flux d’air, puis de le diriger où l’on veut. Mais ça sera de l’air chaud, donc pas très utile.
On peut aussi utiliser un compresseur. On pompe de l’air dans un conteneur, puis on le relâche sur nous pour nous rafraîchir.

Mais l’idée la plus cool serait à mon avis d’utiliser le principe du propulseur ionique, comme pour les fusées. On prend deux anneaux métalliques que l’on place sous une différence de potentiel de 5 000 V. Les électrons, sous l’effet de cette haute tension, vont être arrachés d’un anneau pour rejoindre l’autre. En se déplaçant, ils vont ioniser des molécules de l’air qui vont également aller se déplacer. Le résultat est un flux d’air traversant les anneaux. Mieux, l’air continue son déplacement même en sortie du second anneau.
Ceci me semble être le moyen le plus amusant pour se ventiler, et certains l’ont fait.

Ressources

image d’en-tête issue de l’anime Kore wa Zombie desu ka?

6 commentaires

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clem wrote:

Un tel système est-il envisageable sur un ordinateur portable ? le mien fait un de ces boucan !

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Le Hollandais Volant wrote:

@clem : La plupart des ordinateurs portables ont déjà des ventilateurs à ailettes (plutôt qu’à pales) : ça permet d’avoir un flux d’air moins turbulent déjà. Mettre une cavité de Helmholtz n’est pas trop possible, pour des raisons d’espace disponible.

Sinon, si le PC fait trop de bruit, il faut le nettoyer, le dépoussiérer.

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Christian wrote:

@Le Hollandais Volant : pour ma part ne jamais négliger de dépoussiérer mon moitié c'est de la plus grande importance...

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Lokoyote wrote:

Je suis juste un peu en retard sur mes flux...
Je dois dire que je l'attendais cet article depuis le temps ! :)
Un peu déçu aussi en effet mais finalement, c'est surtout le design de l'appareil qui est important ici. Au final, comme tu le montres, on a un produit moins dangereux (pas d'hélices visibles), moins bruyant et plus efficace, que demander de mieux !
Intéressant l'effet Coandă, je connaissais le principe mais pas le nom.
Merci pour cet article !

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Nhanh wrote:

Merci beaucoup.
Ceci apporte un peu de lumière pour beaucoup de monde.
On s'en doutait l'existence d'une astuce, vous avez démontré.
Merci.


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