Carte marine avec Maelstrom.

Cet article fait partie d’une série d’articles sur les phénomènes du folklore marin.
Bien que ce ne soit pas nécessaire pour comprendre cet article, je vous en conseille la lecture si le sujet vous intéresse :

Quand la mer et les navires étaient les principaux moyens de transport à travers le monde, tout ce qui s’en rapproche se reflétait évidemment dans la culture populaire. Parmi les légendes marines ayant donné lieu à ce folklore, on peut citer le maelström (du scandinave, littéralement « courant tournant »). Il s’agit d’un gigantesque tourbillon en pleine mer.

La légende ne semble pas spécifier la localisation des maelströms : la fiction les montre ainsi apparaissant n’importe où. C’est le cas par exemple du film « Pirates des Caraïbes : jusqu’au bout du monde », où le film se termine par un combat épique entre deux navires tourbillonnant tous les deux au cœur d’un maelström géant durant une tempête.

En réalité, ces tourbillons apparaissent surtout dans les détroits : des bras de mers entre deux terres, là où les courants marins sont puissants, nombreux, agités, et formant alors des tourbillons entre autres remous.

Dans la fiction

L’un des maelströms les plus connus du monde est le Moskstraumen, littéralement « le courant de [l’ile de] Mosken », au nord-ouest de la Norvège. Il semble que ce soit le plus décrit dans la fiction, même si ce n’est pas le seul.

Edgar Alan Poe, dans Une descente dans le Maelstrom, le décrit de la façon suivante :

Au bout de quelques minutes, le tableau subit un autre changement radical. La surface générale devint un peu plus unie, et les tourbillons disparurent un à un, pendant que de prodigieuses bandes d’écume apparurent là où je n’en avais vu aucune jusqu’alors. Ces bandes, à la longue, s’étendirent à une grande distance, et, se combinant entre elles, elles adoptèrent le mouvement giratoire des tourbillons apaisés et semblèrent former le germe d’un vortex plus vaste.

Soudainement, très-soudainement, celui-ci apparut et prit une existence distincte et définie, dans un cercle de plus d’un mille de diamètre. Le bord du tourbillon était marqué par une large ceinture d’écume lumineuse ; mais pas une parcelle ne glissait dans la gueule du terrible entonnoir, dont l’intérieur, aussi loin que l’œil pouvait y plonger, était fait d’un mur liquide, poli, brillant et d’un noir de jais, faisant avec l’horizon un angle de 45 degrés environ, tournant sur lui-même sous l’influence d’un mouvement étourdissant, et projetant dans les airs une voix effrayante, moitié cri, moitié rugissement, telle que la puissante cataracte du Niagara elle-même, dans ses convulsions, n’en a jamais envoyé de pareille vers le ciel.

Jules Verne en a une description tout aussi épique, dans Vingt Mille Lieues Sous les Mers :

« Maelstrom ! Maelstrom ! » s’écriait-il.

Le Maelstrom ! Un nom plus effrayant dans une situation plus effrayante pouvait-il retentir à notre oreille ? Nous trouvions-nous donc sur ces dangereux parages de la côte norvégienne ? Le Nautilus était-il entraîné dans ce gouffre, au moment où notre canot allait se détacher de ses flancs ?

On sait qu’au moment du flux, les eaux resserrées entre les îles Féroé et Loffoden sont précipitées avec une irrésistible violence. Elles forment un tourbillon dont aucun navire n’a jamais pu sortir. De tous les points de l’horizon accourent des lames monstrueuses. Elles forment ce gouffre justement appelé le « Nombril de l’Océan », dont la puissance d’attraction s’étend jusqu’à une distance de quinze kilomètres. Là sont aspirés non seulement les navires, mais les baleines, mais aussi les ours blancs des régions boréales.

Pour ces deux auteurs, le maelström est un immense vortex qui descendait jusqu’aux abysses et aspirait navires, baleines, ours ou troncs d’arbres qui avaient le malheur de passer un peu trop près.

Un autre exemple de maelström est celui du détroit de Corryvreckan, au large de l’Écosse. Bien que Jules Verne en parle également, le folklore écossais ne manque pas non plus d’histoires à son sujet. Pour l’une, il s’agit d’un phénomène mythologique : la déesse de l’hiver Cailleach Bhéara viendrait laver son large plaid blanc dans le détroit, à l’approche de l’hiver, formant alors le tourbillon. Quand elle a terminé, elle l’étend sur les terres pour le sécher, constituant alors le premier manteau de neige de l’hiver.

Une autre raconte l’histoire du prince norvégien, Breacan, qui, pour conquérir une princesse et la retrouver, dut naviguer trop près du maelström et finit englouti dedans. Une variante dit que le maelström serait l’œuvre du père de la princesse, pour piéger le prince.

Quoi qu’il en soit, bien que ces tourbillons existent, les œuvres fictives les exagèrent très largement. Leur origine, mystérieuse depuis des siècles semble avoir été élucidée depuis peu, au moins pour certains, grâce à des techniques modernes de cartographie sous-marine notamment.

En réalité & causes du phénomène

Comme je l’ai dit, les maelströms sont décrits comme de gigantesques vortex océaniques qui aspirent des navires entiers vers les abysses, mais ces descriptions sont très largement exagérées.

En réalité, ces tourbillons font de 20 à 30 mètres de diamètre et peuvent avoir jusqu’à 5 mètres de profondeur. La vitesse des courants de l’eau aux abords des tourbillons est de l’ordre de 10 à 20 nœuds, ce qui est malgré tout très puissant. Le fracas de l’eau peut être entendu à 10 kilomètres et les courants marins (responsables du phénomène) provoquent des vagues de plusieurs mètres de haut.

Bien que moins grands que ce que nous racontent les écrivains, ils sont tout de même dangereux. L’écrivain très connu George Orwell a même failli se noyer dans le Corryvreckan en 1947, quand son bateau s’est pris dans le tourbillon écossais.

Les causes proviennent des courants marins et du relief. Les maelströms apparaissent dans les baies et les détroits, là où plusieurs courants se rejoignent, se heurtent puis provoquent d’éventuelles mises en rotations des masses d’eau. Le relief marin joue également énormément : pour ce qui est du Corryvreckan, c’est un abîme au milieu du détroit qui abaisse l’eau avant de le faire remonter. Les différences de niveau dans l’eau provoquent des courants marins qui finissent par tourbillonner.

Au Japon, le maelström de Naruto (l’un des plus grands du monde) est provoqué par les marées. Les courants de l’eau concurrents du pacifique et de la mer de Seto provoquent là aussi une différence de niveau qui résulte en un tourbillon de presque 2 mètres de profondeur et 20 m de diamètre.

Pour conclure

Événement effrayant, le maelström est très largement exagéré entre ce qu’on lit dans la littérature de fiction et la documentation factuelle.

Comme le rayon vert ou le feu de Saint-Elme dans mes articles précédents, le maelström est entouré par de multiples légendes maritimes, tantôt mythologiques, tantôt pseudohistoriques.

Le fait qu’il soit plus prévisible et donc plus facilement observable que d’autres phénomènes lui donne aujourd’hui des caractères d’attractions touristiques, notamment celui de Naruto (véritable phénomène en Asie, qui intervient quatre fois par jour), ou ceux en Écosse et en Norvège.

image d’en-tête de Berig

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