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the very large array telescope

Deux possibilités existent : soit nous sommes seuls dans l'univers, soit nous ne le sommes pas. Les deux hypothèses sont tout aussi effrayantes.
— Arthur C. Clarke

Une des plus grandes questions existentielles qui soient est « sommes nous seuls dans l’univers ? ».
Au vu de l’immensité inimaginable de l’Univers, je pense qu’il faut être incroyable égocentrique pour penser que oui, mais qu’est-ce que la science a à dire là-dessus ?

L’équation de Drake

Dans l’hypothèse de l’existence de civilisations extra-terrestres, on ne retiendra que celles qui peuvent technologiquement communiquer avec nous.
D’un point de vue scientifique, on peut toujours essayer d’estimer le nombre de ces civilisations présentes dans notre galaxie. On se base alors sur divers paramètres comme le nombre de planètes habitables et la probabilité qu’une de ces civilisations soit contemporaine à la nôtre.

Ce problème et cette méthode de calcul a été transcrit mathématiquement par Frank Drake dès 1961. Son équation initiale — l’Équation de Drake — est celle-ci :

$$N = R^{*} \times f_{p} \times n_{e} \times f_{l} \times f_{i} \times f_{c} \times L$$

où :

  • $N$ est le nombre de civilisations ;

et :

  • $R^*$ est le nombre d'étoiles en formation par an dans notre galaxie ;
  • $f_p$ est la fraction de ces étoiles possédant des planètes ;
  • $n_e$ est le nombre moyen de planètes potentiellement propices à la vie par étoile ;
  • $f_l$ est la fraction de ces planètes sur lesquelles la vie apparaît effectivement ;
  • $f_i$ est la fraction de ces planètes sur lesquelles apparaît une vie intelligente ;
  • $f_c$ est la fraction de ces planètes capables et désireuses de communiquer ;
  • $L$ est la durée de vie moyenne d'une civilisation, en années.

À partir de ces facteurs, estimées de la façon la plus réaliste possible et en se basant sur le niveau de connaissance actuelle, donne un résultat égal à $10$ civilisations avec laquelle nous pourrions techniquement entrer en contact, rien que dans notre galaxie.

La première conclusion très importante est que ce nombre n’est pas nul.
Ceci ne concerne que notre galaxie, la Voie Lactée. Si on considère qu’il y a environ le même nombre de civilisations dans chaque galaxie, alors le nombre de civilisations dans l’univers visible serait d’environ mille milliards.

Le paradoxe de Fermi

Aujourd’hui pourtant, toutes nos tentatives visant à détecter l’existence de ces civilisations — en cherchant de leur part ce que nous même laissons comme « trace », c’est à dire principalement des ondes radio ou des traces de composés chimiques dans l’atmosphère des planètes (oxygène, méthane…) — ont été infructueuses.

D’où le paradoxe suivant : « si les civilisations sont si nombreuses dans l’univers, où sont-elles ? ». Ce paradoxe est connu sous le nom de Paradoxe de Fermi.

Plusieurs solutions relativement simples à comprendre peuvent apporter des éléments de réponse.

La première c’est que les civilisations extraterrestres intelligentes sont bien là, mais qu’elles ne nous ont pas trouvés (c’est un peu notre cas).
Ceci peut s’expliquer par la taille incommensurable de l’univers. Par exemple, nos émissions radio, les ondes radio que nous avons émis depuis leur découverte il y a environ un siècle, ont parcouru dans l’univers l’équivalent de 100 années lumières autour de la Terre. Ça semble beaucoup, mais ça ne représente que 0,1 % du rayon de notre galaxie…

Une autre hypothèse c’est que les civilisations sont là mais elles ne nous perçoivent pas comme « intelligents ».
Ceci est simple à comprendre : prenons nos ancêtres les plus proches : les chimpanzés. L’intelligence de leur individus les plus malins leur permet de faire un peu de langage de signes et de reconnaître des formes géométriques. Pourtant, l’ADN de l’humain est identique à 98 % à leur ADN. C’est ce dernier 2 % qui nous permet de parler, écrire, calculer, d’envoyer des fusées en orbite… Alors imaginez comment une civilisation juste 2 % plus avancée que nous nous percevrait-elle, si nous même ne voyons pas les chimpanzés comme intelligents ? Même question pour des civilisations 5 %, 10 % ou 50 % plus évolués que nous ?

Inversement, nous ne percevons peut-être pas forcément les signaux extraterrestres car ils sont trop avancés pour nous. Si elles communiquent avec des ondes radio (comme nous), leurs communications sont peut-être suffisamment chiffrées et compressées qu’ils ne semblent à nos yeux que du bruit, sans signification. C’est en tout cas ce que pense Ed Snowden.

Enfin une autre explication est que les civilisations ne sont pas éternelles. Une civilisation qui a existé il y a 50 millions d’années ne peut plus être détectée. Parlant d’immortalité, notre espèce ne l’est pas non plus et si nous ne nous en rendions pas compte assez rapidement, nous nous éteindrons avant de pouvoir garantir notre survie dans l’univers, réduisant à néant la possibilité de rencontrer un jour une civilisation autre que la nôtre.

Si nous voulons découvrir de la vie extra-terrestre, il faut écouter, aller voir ailleurs et perfectionner notre technologie pour faire tout ça. Pour ça, nous ne pouvons nous permettre de rester à notre stade actuel avec les problèmes que l’on rencontre : climat, IA, etc. Ce serait la fin de l’humanité et nous en serions notre propre cause. C’est là ce que pense Stephen Hawking : notre espèce est condamnée si elle n’avance pas sur la plan scientifique.

image de Diana Robinson

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Blue a dit :

« Dans l’hypothèse de l’existence de civilisations extra-terrestres, on ne retiendra que celles qui peuvent technologiquement communiquer avec nous. »

Je suis certain qu'ils ont tout ce qu'il faut pour communiquer avec nous. Mais ça m'étonnerai pas que nous -- terriens -- soyons à la traîne d'un point vue technologique.

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France a dit :

Que pense la communauté scientifique sur des faits évoqués mais classés secrets et sans suites par divers organismes gouvernementaux à propos de témoignages de contacts avec des extra terrestres ?
Parmi ces témoignages, une partie non négligeable peut être déclarée statistiquement significative

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Le Hollandais Volant a dit :

@France : je ne parle qu’en mon nom, mais je pense que tout ce qui concerne des OVNI est 100% explicable par autre chose que des aliens.

Un OVNI ce n’est qu’un objet volant non identifié (o.v.n.i.), ça ne dit absolument pas que ce sont des extra-terrestres. Après enquête, il s’agit souvent de phénomènes météorologiques, des débris qui volent (ballons sondes, etc.) ou des (photo?)-météores.

Quant à des cas de contact avéré, encore faut-il être en mesure de prouver ça. Et un témoignage oculaire est tout sauf fiable.

Les gouvernements peuvent très bien cacher ça, et avoir des raisons de le vouloir (pour ne pas produire un mouvement de panique, par exemple), mais ça ne sont que des suppositions. Perso je reste sceptique.

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Juju a dit :

En ce qui me concerne, il me semble difficile (statistiquement) que la communication s'établisse avec une autre civilisation: soit on n'est pas "synchrone" soit on est trop loin. Et si "ils" ont dépassé ces problèmes, "ils" pensent certainement que nous ne sommes pas "fréquentables". Il faut avouer que notre coté artistique est beaucoup moins évolué que notre art de faire la guerre !

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Le Hollandais Volant a dit :

@Juju : Effectivement.
Si je me retrouve face à un extra-terrestre, je fais quoi ?

Parler ? Non : sur terre, au sein de la même espèce on n’a déjà pas la même langue partout, alors une autre espèce, d’une autre planète, d’une autre forme de vie…

Faire un signe ? Idem : chez les humains, un signe de paix dans une culture peut-être un signe d’insulte ailleurs…

Et puis déjà, ça serait partir du principe que les extra-terrestres ont des organes de vue et d’ouie, ce qui n’est pas forcément vrai. Et s’ils en ont, la probabilité que l’air (sur Terre) ne soit pas adapté à leurs sens (tout comme l’eau n’est pas adapté à nous, ni à notre vue, ni à notre ouïe).

Oui, ça va très loin comme raisonnement… Mais il faut y penser, et c’est très difficile…

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Juju a dit :

@Le Hollandais Volant : Et imaginons la tête de celui qui découvre ces jolies décorations que nous avons coutumes de placer sur nos places ou au bord de nos routes; une croix avec un homme a moitié nu épinglé dessus ?...

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Nicobola a dit :

J'ai pas mal de soucis avec cette équation de Drake. Je me demande si c'est pas plus un truc de physicien que de biologistes... R* et Fp sont estimables, tous les autres facteurs dépendent d'un échantillonnage statistique avec un unique échantillon. Nous. Statistiquement c'est juste inutilisable. Même l'idée de vie: elle est apparue, autant qu'on sache qu'une fois chez nous. Le "problème" c'est que la vie n'est pas seulement statistique elle est historique. Si la vie, dès qu'il y a de l'eau n'était pas nécessaire ? Encore plus pour la vie "intelligente". Elle est apparue une fois sur terre, et c'est pas faute de "substrat" (les autres mammifères, oiseaux, et autrefois extrêmement abondants céphalopodes n'ont jamais donné de civilisation sur tout le temps donné).

Bref et si on posait la question dans l'autre sens ? Si penser que nous sommes une "nécessité" statistique n'était pas égocentrique ? Si penser qu'il y a forcément des trucs comme nous là bas n'était pas égocentrique ? Et si penser que nous ne somme qu'un "accident" unique mais insignifiant, sans envergure dans l'univers et juste dû au hasard n'était pas plus humble ?

Bref, pour moi l'équation de Drake c'est plus de la science fiction que de la science. Je dis pas qu'on est forcément seuls, juste qu'on a aucun moyen de savoir si on l'est ou pas.

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Le Hollandais Volant a dit :

@Nicobola :

tous les autres facteurs dépendent d'un échantillonnage statistique avec un unique échantillon. Nous.

Totalement.

Mais bon : peut-on reprocher ça à qui que ce soit ? Actuellement, si on parle de vie dans l’univers, on n’a connaissance que d’une seule planète qui l’abrite, et dessus, sur des dizaines de millions d’espèces, il y en a une qui est plus intelligente que les autres (nous). Les exobiologistes (ceux qui étudient la vie extraterrestres) font d’ailleurs partie de ces chercheurs qui cherchent sans savoir ce qu’ils cherchent : aucune vie extraterrestre n’est connue à ce jour.

Quand on parle de vie, ben… il est normal qu’on essaye de trouver ailleurs ce que l’on connaît sur Terre. On commence donc par chercher des soleils comme le nôtre, avec des planètes comme la nôtre, puis avec de l’eau comme la nôtre (liquide, donc). D’où trois des termes de l’équation.
Ensuite, l’équation de Drake estime les civilisations intelligentes (ie : comme nous aussi).

Je suis d’accord avec toi : cette équation est empirique, elle ne tient pas compte des autres formes de vie éventuelles (basée sur le silicium, par exemple, plutôt que le carbone comme nous), de celles qui n’ont pas besoin d’eau, etc.

Mais… ça ne signifie pas que l’équation en elle-même n’est pas sérieuse. On peut très bien partir de quelque chose hypothétique, de fiction, et appliquer des principes tout à fait sérieux dessus. C’est de là que vient la « science » -fiction : des trucs fictifs faites avec (et à base de) choses sérieuses et scientifiques.

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Wilfried a dit :

@Dr Eric Simon : très intéressant. Une approche alternative qui booste encore plus mon intérêt pour ce "paradoxe" !

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Arridano23 a dit :

Moi personnellement, je ne crois pas aux histoires d'extraterrestres et je pense aussi que la terre est la seule planète habitée. Cependant, le ton de l'article me plaît bien.


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